Après avoir correspondu, à la prochaine «perm’» à «Panam» le filleul venait faire connaissance de sa «marraine» et alors les effusions devenaient plus intimes et l’échange de renseignements plus complet.
En 1917, l’autorité essaya de défendre les annonces relatives aux marraines, mais en fait le système subsista.
Il était si sentimental et si poétique!
Les belles marraines ont peut-être causé quelque bien aux poilus neurasthéniques; elles ont certainement fait beaucoup de mal à l’armée. Ces bonnes dames ne se doutent pas que c’est grâce à elles que l’ennemi a pu facilement repérer les unités en campagne, et deviner les effectifs en présence.
Il n’est pas jusqu’aux cartomanciennes qui n’aient attiré l’attention de la S. G. Certaines somnambules extra-lucides, au lieu de renseigner leurs clientes, extorquaient toutes sortes de renseignements aux femmes d’officiers qui allaient les consulter sur le sort de leur mari. On dut interdire formellement leur petit commerce.
DAMES PHOTOGRAPHES
Le contre-espionnage s’est beaucoup servi des femmes, mais pas toujours avec succès, témoin cette petite actrice qui s’était dévouée pour aller amuser les officiers allemands en Belgique, et qui s’amusa tellement... qu’elle préféra ne pas revenir.
On employa aussi de timides jeunes filles à faire de l’inoffensive photographie devant des maisons, plus ou moins protégées par l’immunité diplomatique, et dans lesquelles la police ne pouvait entrer...
Ce système a été utilisé surtout chez les neutres. Boris Nadel, un agent émérite, raconte que, à Saint-Sébastien, il avait posté une jeune femme dans une maison sise juste en face de l’appartement d’un espion nommé Gruder. A l’aide d’un appareil habilement dissimulé, on prenait la photographie de tous ceux qui sortaient de ce nid d’espions. Et quand les gens suspects, arrêtés dans le Midi, protestaient de leur amour pour la France, avant de les croire, on regardait dans les fiches photographiques de Saint-Sébastien—ou de Barcelone.