—Pouah! dit-elle à son voisin, la caque sent le hareng. Voilà un pingre! Je ne m’entendrai jamais avec cet homme-là!
Ce nouveau riche peut se vanter de l’avoir échappé belle. Déjà à cette époque, Mata-Hari revenait de Hollande. Elle était embochée.
*
**
Enfin, à propos de son divorce avec l’officier hollandais, on prétend que la cause de la rupture entre les deux époux serait celle-ci: Un soir, dans une crise d’érotisme aiguë, le major aurait, de deux coups de dents féroces, arraché le bout des seins de la danseuse.
Et ce serait la raison pour laquelle Mata-Hari, dansant toujours toute nue, cachait cependant ses seins sous deux petites cuirasses rondes.
*
**
Le peintre Paul Frantz Namur, qui a dessiné Mata-Hari dans son atelier de la rue Spontini, a fait d’elle, au moral, cet autre portrait:
«Qui oserait se flatter de l’avoir devinée? J’ai fait d’elle deux portraits, un où on la voit en toilette de ville—je ne sais pas ce qu’il est devenu—l’autre où la danseuse a posé avec un diadème indien et un collier fait d’émeraudes et de topazes. Elle est venue souvent, en effet... Ce qui frappait, ce qui étonnait chez cette femme choyée par la fortune, à qui le destin avait tout donné: grâce, talent, célébrité, ce qui étonnait, c’était une intime et lourde tristesse. Volontiers, elle demeurait prostrée dans un fauteuil et y rêvait, pendant une heure, à des choses secrètes. Je ne puis pas dire que j’ai vu sourire Mata-Hari...
«Elle était superstitieuse comme une Hindoue. Un jour qu’elle se déshabillait, un bracelet de jade coula de son poignet:
«—Oh! cria-t-elle en pâlissant, cela me portera malheur... Vous verrez, cela me présage un malheur... Gardez-le, cet anneau, je ne veux plus le voir...»