Elle a «claqué» des fortunes. Cette belle danseuse était une grande mangeuse. Elle avait coutume de dire: «J’ai en horreur les pingres et la pingrerie.» Et cela lui était prétexte à jeter l’argent par les fenêtres et à inciter ses amants à la ruine.

Un désordre supérieur, et qui n’était pas un effet de l’art, comme celui qu’elle apportait dans sa danse, présidait à toutes les manifestations de son existence.

Sa dernière victime, avant la guerre, fut un financier, apparenté par sa femme à un homme politique, plusieurs fois ministre.

Ce financier lui fut présenté au cours d’une soirée, dans un salon très parisien où elle figurait au programme. A peine l’eut-il vue qu’il fut subjugué. Pour elle, il n’hésita pas, en quelques mois, à mettre à peu près sur la paille femme et enfants; pour elle, ce qui est pire, il fit enfin des faux, qui lui valurent dix ans de réclusion.

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Un jour, elle fut remarquée par un nouveau riche, en quête d’une maîtresse susceptible de lui faire honneur.

Les choses allèrent assez loin. Il y eut, dans un grand restaurant du bois, un dîner qui avait tout l’air d’un repas de fiançailles. Ce dîner fut fastueux, mais à la fin l’amphytrion écarta d’un geste digne les boîtes de cigares que le maître d’hôtel disposait sur la table:

—J’en ai de parfaits, déclara-t-il, et qui coûtent moins cher.

Et il sortit de sa poche un étui bourré de Bocks à soixante centimes, qu’il tendit princièrement aux convives.

Mata-Hari eut un geste de dégoût: