Ses adorateurs affirmaient qu’elle ressemblait à une statuette de Tanagra,—ce qui était bien extraordinaire pour une femme qui donnait plutôt l’idée d’une Junon:
—Ça ne m’étonne pas, répondait-elle. La chorégraphie grecque est originaire de l’Inde. Ce sont les bayadères hindoues qui, dans un temps très reculé, imaginèrent d’évoluer sous des voiles diaphanes à travers lesquels s’accusaient les contours du corps. Les statuettes de Tanagra reproduisent justement cette sorte de danse...
Elle racontait tout ce qu’elle voulait. Elle plaisait. Des esthètes susurraient qu’elle évoquait les hymnes du Rig-Véda. Que ne susurrent pas les esthètes!
Quelques jours avant le début de la guerre, elle voulut céder à un de nos musées nationaux des pièces de collection, entre autres un service de vieux Saxe.
Elle tâchait de fasciner par des œillades prometteuses le fonctionnaire qu’elle était venue voir.
Elle expliquait qu’elle faisait argent de tout ce qu’elle possédait en France. Elle avait vendu son écurie. Et toujours romanesque, elle ajoutait:
—Pourtant, je n’ai point voulu que Vichnou, mon cheval préféré, tombât au pouvoir d’un nouveau maître. Ce matin, je l’ai tué moi-même en lui perçant le cœur avec un stylet d’or.
Si elle liquidait, en juillet 1914, les biens qui lui appartenaient en notre pays, était-ce parce qu’elle était ruinée? Ou savait-elle que la guerre était déjà décidée par l’Allemagne?
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Elle a fait des passions. Mais a-t-elle aimé? Elle a prétendu que oui... à Vittel, en pleine bataille, en soignant un Russe, le capitaine Marow. Nous en reparlerons. Ce qu’il y a de certain c’est qu’il y avait dans sa vie du mystère.