J’ai l’honneur de vous confirmer ma communication téléphonique de ce jour:

L’exécution de la condamnée Zelle, dite «Mata-Hari», aura lieu demain matin, 15 octobre 1917, au Polygone de Vincennes, à 6 heures 15.

Une voiture sera rendue chez M. le capitaine Bouchardon, boulevard Pereire, à 4 heures.

Une seconde, chez M. le capitaine Thibaut, place de Vaugirard, à 4 heures 30.

La voiture de la condamnée, à la prison de Saint-Lazare, à 5 heures.

Il y aura lieu également de prendre M. l’avocat-général Wattinne, à 4 heures 30, rue Ampère.

Capitaine Bouchardon.

Recevoir l’ordre de faire exécuter un homme, ou une femme, cause toujours une impression désagréable.

L’ordre concernant Mata-Hari ne m’émut pas outre mesure. En effet j’avais assisté aux deux audiences secrètes du tribunal militaire et je savais pourquoi et comment la célèbre danseuse avait été condamnée.

Le troisième conseil de guerre était présidé par le distingué colonel Semprou, l’ancien chef de la garde républicaine, et siégeait dans la salle de la cour d’assises. Le huis clos était absolu. Personne absolument n’avait pu pénétrer dans la salle et j’étais le seul officier autorisé à assister aux débats.