Les sentinelles ne laissaient pas approcher des portes à moins de dix mètres, et aucun bruit du dehors, aucune influence non plus, ne venait troubler le calme et la majesté de cette justice militaire, si redoutable en apparence, mais si froide et impartiale au fond.

Avant de commencer, prévenons le lecteur que, si nous allons donner des détails—les plus exacts—sur la pièce, comédie et drame, dans laquelle Mata-Hari a joué en grande vedette, il nous sera impossible de tout dire, parce qu’il y a encore des choses qui n’appartiennent pas au public, et qu’il n’y a pas lieu de révéler les noms de certains Français—de bons Français—qui ont été mêlés à la vie de la danseuse.

Comme je l’ai dit en tête de ce livre, la vérité n’en sera pas moins dévoilée, et présentée toute nue—comme la danseuse aimait elle-même à se montrer.

LE JOUR DE LA DÉCLARATION DE GUERRE

Mata-Hari s’appelait de son vrai nom Marguerite-Gertrude Zelle, alias lady Mac-Leod. Elle était la femme divorcée d’un officier hollandais, le capitaine Mac-Leod.

Hollandaise d’origine, elle était surtout cosmopolite de goût. Mata n’a pas seulement dansé dans toutes les capitales, elle a fréquenté—de très près—tous les états-majors et elle a suivi avec les chefs d’armée les grandes manœuvres en France, en Silésie et en Italie.

Dans le civil, nous l’avons dit, elle était au mieux avec les personnages les plus haut placés à Paris, à Berlin et à Rome.

Le jour de la déclaration de guerre, Mata était à Berlin. Elle avait déjeuné avec le préfet de police dans un restaurant à la mode. Mais la foule, ce jour-là, hurlante, déchaînée, avait entouré l’établissement. Il était difficile d’en sortir. Le préfet prit la danseuse dans sa voiture officielle et parcourut avec elle les principales artères de la capitale prussienne.

Ce fait est reconnu par l’espionne.

—Comment étiez-vous dans la voiture du préfet de police à Berlin le jour de la déclaration de guerre? lui demanda le président du Conseil de guerre.