Mata, qui songeait surtout à quitter la France tout en accomplissant un exploit qui lui aurait valu l’admiration de ses amis, les officiers boches, Mata eut cette idée de génie:
—Je pourrais vous être utile en Belgique, dit-elle. Je vais m’y rendre; donnez-moi les noms et adresses de vos agents secrets dans ce pays, je leur porterai vos instructions...
—Bonne idée, fit le colonel G. On va vous donner ces noms.
On dressa une liste de faux noms qu’on lui remit comme un secret précieux. Parmi ces noms un seul était exact: c’était celui d’un espion double très suspect.
Trois semaines après... l’espion double était fusillé à Bruxelles par les Prussiens.
C’était une nouvelle preuve de sa culpabilité. Aussi Mata-Hari avait-elle hâte de quitter la France.
Elle voulait absolument se rendre en Belgique, pour, disait-elle, nous envoyer des renseignements, en réalité parce qu’elle était sérieusement inquiète.
On décida de la laisser partir.
Notre bureau de renseignements l’expédia en Angleterre, d’où, soi-disant, elle prendrait le bateau pour Amsterdam. Mais les Anglais, prévenus, l’arrêtèrent et la refoulèrent sur... l’Espagne.
Nos officiers en agissant ainsi avaient fait preuve de beaucoup de prudence et de mansuétude.