Cette fois, le colonel président a porté un coup droit à l’accusée qui balbutie, chancelle un instant, puis se reprend et, rouge de colère, s’écrie:

—Après tout, j’ai fait ce que je pouvais pour la France. Mes renseignements étaient bons. Je ne suis pas Française, moi, et je ne vous dois rien... Vous cherchez à m’embrouiller... je ne suis qu’une pauvre femme, et, pour des officiers, vous n’êtes pas galants...

Alors, le commissaire du gouvernement Mornay, d’une voix chaude, d’un geste noble, en s’inclinant presque vers Mata:

—Nous défendons notre pays, madame, excusez-nous!

La danseuse, surprise, reste interloquée, puis cherche à dissimuler son inquiétude en prenant une attitude arrogante:

—Je ne suis ni Française ni Allemande, dit-elle. J’appartiens à un pays neutre. On me persécute et on est injuste envers moi. On n’est pas galant, je le répète.

Quelques minutes plus tard elle dira au terrible lieutenant Mornay:

—Comme il est méchant cet homme!

Mais l’accusée n’en a pas fini avec l’accusation. Nous avons vu qu’elle s’était présentée au 2º bureau. Celui-ci, qui la soupçonnait depuis longtemps (elle lui avait été signalée la première fois par le service anglais) avait feint d’accepter ses services.

—Que pouvez-vous faire pour nous, lui demanda le capitaine L...?