Méfiez-vous,
Taisez-vous,
Les oreilles ennemies vous écoutent.
Ce livre n’est pas un roman, c’est un document.
Je l’ai écrit avec mes souvenirs, uniquement avec ce que j’ai vu et entendu. Je n’ai pas pu tout dire, car la défense nationale a encore, aura longtemps peut-être, des secrets.
Mais j’ai pensé qu’on peut dévoiler assez de vérité pour, d’abord détruire les légendes qui se greffent trop vite sur les faits, ensuite renseigner les mobilisés de l’avant sur ce qui s’est passé exactement à l’arrière, enfin mettre les Parisiens au courant des périls auxquels ils ont été exposés et qu’ils n’ont jamais soupçonnés.
Je n’ai appartenu ni aux services des Deuxièmes Bureaux, ni à ceux de la justice militaire: je n’ai donc commis aucune indiscrétion. J’ai révélé des faits que tout le monde a pu connaître, et dont la connaissance est utile à tous les Français.
Il est bon, en effet, qu’on sache: que les espions et les traîtres ont été châtiés par des juges impitoyables, que nos agents ont rivalisé de ruse et d’audace, que les officiers du contre-espionnage ont accompli des prodiges, et que la France a partout été bien servie.
Et il est bon aussi qu’on se rappelle que le courage sans l’adresse, la force sans la vigilance ne servent à rien. Pour se battre il ne faut pas seulement des muscles, il faut des yeux. Voir c’est savoir, et savoir c’est pouvoir.
Maintenant, dans ces pages, qui ont reçu tout d’abord l’hospitalité de la Liberté, on a cru voir un manque de sensibilité.
Quelques-uns m’ont reproché d’avoir parlé sans pitié de ces hommes et de ces femmes qui allaient mourir. Je leur ai répondu:
Quand on est menacé par un serpent on l’écrase. Quand on peut se retourner contre des assassins, qui tentent de vous poignarder dans le dos, on les tue sans gémir sur leur sort.