On peut hésiter à abattre un être vivant qui vous combat face à face, ou qui n’est qu’une brute inconsciente, à immoler un soldat qui obéit et lutte à armes égales et loyales; on ne s’émeut pas devant le châtiment infligé à des misérables qui, par cupidité ou par haine, ont employé la ressource des lâches pour faire massacrer d’innocentes victimes.
Ils tombaient, eux, en lançant un dernier défi à la France pantelante. Nous, nous leur rendions les honneurs.
De la sensibilité, oui et toujours. De la sensiblerie, jamais!
Cᵗ Emile MASSARD,
Officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre,
Médaillé de 1870, ancien Commandant du
Quartier Général des Armées de Paris.
LES ESPIONNES A PARIS
I
MATA-HARI AVANT LA GUERRE
L’exécution de Mata-Hari a eu le don d’émouvoir et même de passionner une certaine partie de l’opinion publique. Pourquoi? Tout simplement à cause de sa qualité d’artiste et sa réputation de jolie femme. Cette grande vedette de music-hall avait su attirer l’attention pendant sa vie; après sa mort la curiosité a suivi son nom, et on a voulu compliquer, embrouiller le drame qui s’est terminé au poteau de Vincennes.
Passe encore pour la curiosité, mais la sympathie dont on a voulu entourer la demi-mondaine est sans excuse. Sans doute il est facile de faire d’une danseuse plus ou moins réputée une héroïne de roman, de la descendre des tréteaux pour la hisser sur un piédestal, de l’entourer d’une atmosphère poétique et sentimentale.
De là à la transfigurer, à l’idéaliser et à en faire une martyre il n’y a qu’un pas.