Les Allemands l’ont compris et ils présentent la grande espionne comme une grande victime. Ils sont dans leur rôle.

Mais que des Français, par snobisme, se rendent complices de la trahison, c’est inadmissible. Et c’est pour détruire la légende créée par des littérateurs mal avisés que nous avons cru devoir mettre à nu l’âme de cette aventurière qui aimait tant, elle, dévoiler son corps en public.

A la vérité pour la célébrer il n’y a qu’un public d’exotisme et de prétendus intellectuels, un public de coco et de morphine. Or il faut la juger non en Parisien—dans le mauvais sens du mot, mais en bon Français.

MAQUILLAGE HINDOU

Mata-Hari aimait à se faire passer pour originaire des Indes néerlandaises, et fille d’un rajah et d’une mère tantôt hindoue et tantôt japonaise.

Elle aurait été enfermée à cinq ans dans un temple bouddhiste où elle aurait appris les danses lascives de Brahma. A peine nubile, à quatorze ans, elle se serait évadée, enlevée par un capitaine de l’armée des Indes.

C’est dans le temple de Burma—on voit qu’on précise—qu’elle aurait appris à charmer et à tromper les hommes. Il est possible que ce soit dans ces pays qu’elle ait acquis l’expérience des mentalités orientales et occidentales, et pétri son cerveau de ce mysticisme, mêlé d’obséquiosité et de subtilité diplomatique, qui la rendait si étrange et si dangereuse. Certainement elle est allée aux Indes.

Revenue en Hollande elle aurait eu deux enfants. En tout cas on a parlé d’une fille, qui avait-dix-huit ans au moment de la guerre et qui résidait à Amsterdam.

Quant à son état civil elle déclarait ne pas en avoir. Dans l’Inde, disait-elle, «on ne donne pas de papiers». Il fallait se fier à sa mémoire qui avouait, en 1917, trente-neuf ans.

Or voici la vérité. Nous avons fait venir son état civil: nous le donnons d’après la traduction hollandaise: