—Veuillez décliner vos nom, prénoms, qualité, dit le colonel.

Le témoin obéit. Qu’il nous suffise de dire qu’il occupait au Ministère des Affaires étrangères une des plus hautes fonctions, presque la plus haute.

—Pourquoi avez-vous fait citer le témoin? demande le président.

Sans bouger et sans regarder, Mata répond d’un ton calme, avec douceur, presque à voix basse:

Monsieur occupe une des plus hautes fonctions qui existent en France. Il est au courant de toutes les intentions du gouvernement, de tous les projets militaires. A mon retour de Madrid, je l’ai rencontré. Il avait été mon premier ami après mon divorce, il était tout naturel que je le retrouvasse avec plaisir. Nous avons passé trois soirées ensemble. Je lui pose aujourd’hui la question suivante: «A un moment quelconque, lui ai-je demandé des renseignements? Ai-je profité de notre intimité pour lui arracher un secret?»

—Madame ne m’a posé aucune question, répond le témoin.

—Vous voyez bien que ce n’est pas une espionne! s’écrie le défenseur. Si elle avait voulu recueillir des renseignements précieux, elle n’avait qu’à tendre la main.

—Alors de quoi avez-vous causé pendant ces trois soirées? interroge le président toujours curieux. En pleine guerre vous n’avez pas parlé de ce qui nous préoccupe tous: la guerre?

—Nous avons parlé d’art, répond le témoin, d’art indien.

—Admettons, fait remarquer le commissaire du gouvernement. Admettons. Mais reconnaissez que le fait d’approcher une personnalité aussi haut placée que vous donnait à l’accusée un singulier crédit auprès des Boches. C’est sans doute à cette haute relation qu’elle a dû les suppléments de solde qu’elle a obtenus à diverses reprises par le canal de la légation de...