Ce sont là les petits mystères du contre-espionnage. Il suffirait de consulter le dossier de Mata pour les connaître. Mais nous ne nous croyons pas autorisé à les dévoiler.
D’ailleurs les suppositions les plus simples sont permises et le lecteur peut deviner.
L’important est que la justice militaire ait découvert des faits précis et les ait mis sous les yeux de l’accusée qui ne les a pas niés, qui s’est efforcée de les expliquer: ses lettres aux Boches, c’était des lettres d’amour; l’argent reçu des espions officiels, c’était de l’argent de ses amants.
Avec ce système de défense on n’est jamais pris en flagrant délit de mensonge ou de contradiction. On avoue tout et on explique tout. Seulement pour tenir le coup il faut avoir une rare audace et une belle intelligence. Mata avait les deux, et c’est pour cela qu’elle fut la plus dangereuse des espionnes.
«JE NE SUIS PAS FRANÇAISE»
La plaidoirie du défenseur avait été chaleureuse, mais peu convaincante. Cependant, Mata était confiante; elle ne croyait pas à sa condamnation.
A la fin des débats, elle se composa un visage, comme au théâtre, et prit une attitude. Elle était transfigurée.
Redevenue la sirène au charme étrange, elle déploya pour l’avant-dernier acte toute la coquetterie dont elle était capable. Elle cessa d’être l’accusée qui s’inquiète et discute pour sauver sa tête. Elle redevint femme et artiste, souriant aux juges. Pour un peu, elle se serait dévêtue et leur aurait offert un échantillon de ses talents chorégraphiques. Elle avait réussi auprès des grands, pourquoi échouerait-elle auprès des petits?
—Avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense? demanda le colonel.
—Rien. Mon défenseur a dit la vérité. Je ne suis pas Française. J’avais le droit d’avoir des amis dans d’autres pays, même en guerre avec la France. Je suis restée neutre. Je compte sur le bon cœur des officiers français.