—Bien entendu, vous n’avez jamais parlé de politique ni de guerre, avec le ministre? demanda le colonel.

—Jamais! s’écria Mata d’une voix forte.

Et elle se rassit aussitôt de l’air satisfait d’une petite femme ravie de faire connaître ses relations avec un ministre. Elle regarda attentivement les juges pour voir l’effet produit et, prenant une attitude dégagée, se pencha sur son avocat.

Ces relations avec les puissants du jour n’avaient probablement d’autre importance que d’asseoir la situation de Mata en face de nos ennemis. Pour les Allemands, une espionne qui pouvait entrer dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères, ou dans celui du ministre de la Guerre, n’avait pas de prix.

Or, Mata était surtout avide d’argent. On estime que le chef de l’espionnage lui a fait parvenir plus de 60.000 marks, soit 75.000 francs. C’était beaucoup pour eux. Avec leurs agents ordinaires ils dépassaient rarement le billet de mille. Aussi combien de misérables, qui voulaient se vendre et qui se sont vendus, ont été déçus en recevant leurs maigres deniers—les trente de Judas.

A cette audience, pourtant tenue dans le huit clos le plus absolu, on ne fit pas connaître—et d’ailleurs on ne fit jamais savoir:

Comment on avait surpris le secret des relations de Mata et de ses correspondances avec Amsterdam;

Comment on avait appris son nom de baptême d’espionne, les lettres et les chiffres qui servaient à la faire reconnaître des agents allemands;

Comment on avait déchiffré les télégrammes par fil ou sans fil à elle adressés ou pour elle adressés à une légation;

Comment, enfin, on avait été mis sur sa piste et quelle légation plus ou moins neutre lui servait de boîte à lettres.