Mata, avant d’être la maîtresse d’un ministre de la Guerre français, avait eu pour amant le kronprinz qui l’avait emmenée aux manœuvres de Silésie. Puis le duc de Brunswick l’avait couverte de marks. En passant par la Hollande, elle avait pris pour amant le président du Conseil des ministres Van der Linden—tout simplement.

C’est ce dernier qui tenta une démarche pressante auprès du gouvernement français pour obtenir sa grâce. Il faut rappeler que la reine Wilhelmine, malgré les instances du prince consort, refusa de s’associer à cette démarche. C’est le même ministre qui, après la condamnation de Mata, suscita des manifestations contre les Français qu’il faisait traiter de «sauvages» et de «barbares».

Le gouvernement de ce même Van der Linden avait laissé organiser sous ses yeux un vaste système d’espionnage.

Le consul allemand était à la tête de ce service. A La Haye, il donnait des passeports. A Scheveningen—la station balnéaire—il recevait les renseignements.

A SAINT-LAZARE

Nous voici à Saint-Lazare.

La condamnée est installée dans la cellule 12, celle où ont été enfermées Mme Steinheil, Mme Caillaux, etc. C’est une pièce assez vaste, à deux fenêtres et à trois lits—deux de ceux-ci servent aux «moutonnes» ou aux auxiliaires chargées d’observer la condamnée.

La surveillance officielle est exercée par des sœurs. Malgré toutes les tentatives de laïcisation, on n’a jamais pu remplacer les sœurs à Saint-Lazare. Elles seules ont de l’autorité sur les filles plus ou moins soumises—plutôt moins—qui peuplent cet établissement. Les détenues sont généralement d’un caractère peu commode et d’une mentalité effroyable: elles n’écoutent ni Dieu ni diable, mais elles écoutent les sœurs, qui leur imposent un profond respect et qui obtiennent d’elles une obéissance absolue. Les plus féroces laïcisateurs ont été obligés de les garder.

Mata-Hari était d’origine juive; elle s’était convertie au protestantisme. Aussi avait-elle, dans les premiers temps, refusé de recevoir les sœurs, et, quand celles-ci pénétraient dans sa cellule, les accueillait-elle avec une véritable hostilité.

La sœur Marie,—une mignonne petite sœur, énergique, curieuse, parlant argot à ses détenues quand il le fallait,—la petite sœur Marie était très contrariée de l’attitude de Mata qui avait refusé toutes ses douceurs, et qui parfois se montrait impertinente.