Aussi, un jour que je venais prendre des nouvelles de Mata-Hari, la sœur m’avait dit:
—Mon commandant, la Mata-Hari est foncièrement méchante. Quand vous viendrez la chercher pour la conduire à Vincennes réservez-moi une place dans votre voiture. Elle ne veut pas me voir. Je voudrais savoir comment elle se tiendra devant nos soldats.
Mais quelques jours avant l’exécution, la condamnée s’était repentie de sa brutalité et s’était excusée auprès de la sœur de charité, qui, aussitôt, lui avait apporté ses consolations—et qui les lui apporta jusqu’au poteau.
LA VEILLE DU DERNIER JOUR
Mata ne recevait d’autre visite que celle de son avocat; toujours empressé, il lui apportait des fleurs et des friandises. Il la consolait de son mieux et s’efforçait de lui donner confiance.
Le jour où l’avocat ne venait pas, Mata avait le cafard. Alors la petite sœur Marie la réconfortait à son tour. La veille de l’exécution—était-ce un pressentiment?—Mata paraissait très abattue.
—Il faut vous secouer! Dansez donc un peu! lui dit petite sœur Marie. Vous allez oublier votre art. Et puis, il convient que nous connaissions votre talent...
Et Mata-Hari dansa, puis se remit à espérer et à sourire. Evidemment elle n’était pas faite pour la prison—ni pour le célibat. Elle était débordante de vitalité. Elle avait fait venir le directeur de la prison et lui avait dit:
—Je dois prendre un bain tous les jours. Mon métier et mon tempérament l’exigent[C].