Qu’on lui ait imposé une périlleuse mission sous peine d’emprisonnement en cas de refus?

Qu’elle ait dû, déjouée par la finesse allemande, avouer son rôle sous la menace du browning?

Et qu’on l’ait fusillée à son retour pour ce motif?

Si c’est faux.

Il convient de le démentir, car cette thèse fait paraître peu reluisant le caractère «chevaleresque» français. Mais alors quelques documents indiscutables et vérifiables permettraient seuls de ne pas douter. Il y a, en effet, de fortes présomptions en faveur de la thèse ci-dessus. En effet, Gertrude Zelle, tout le monde le sait, gagnait aisément de quoi s’offrir tous les luxes, grâce à sa vogue comme artiste. Pourquoi aurait-elle risqué sa vie dans un métier de tête brûlée, où tombent seulement les impécunieux? Et puis, il y a certaines révélations de source étrangère qu’on va prochainement traduire...

Cette note n’est pas signée. Emane-t-elle d’un Français? Ce n’est pas probable, car elle reproduit purement et simplement la version boche imaginée de toute pièce.

A moins que ce ne soit un écrivain, un romancier à l’imagination fertile, chercheur de complications, qui l’ait écrite...

Les questions posées ci-dessus sont absurdes. Je puis affirmer, de nouveau, après avoir entendu l’espionne pendant les deux audiences, que:

1º Mata-Hari a reconnu avoir été dans la voiture du préfet de police de Berlin le jour de la déclaration de guerre. Elle a joué le rôle d’infirmière à Vittel, espionnant nos aviateurs;

2º On ne lui a pas imposé une mission: tout au contraire, elle s’est offerte à notre service pour ne pas être arrêtée—ce que font tous les espions sur le point d’être pincés;