3º On ne l’a pas fusillée parce qu’elle a refusé de nous servir, mais parce que la preuve matérielle a été apportée qu’elle aidait consciencieusement les Allemands, pour 20.000 florins, 10.000 florins, et, en revenant d’Espagne, pour 15.000 pesetas.

La Mata n’avait plus rien à son retour de Madrid. Elle a avoué avoir eu besoin d’argent et avoir reçu les sommes indiquées plus haut, des mains du chef de l’espionnage allemand à Amsterdam et à Anvers, et des mains de l’attaché naval allemand à Madrid (ou plutôt, sur l’ordre du lieutenant de marine von Kroon, par l’intermédiaire de la légation de X).

Quant aux révélations diplomatiques nous les attendons de pied ferme.

L’aveu de ses relations avec les Allemands et de la provenance de l’argent a été fait formellement par l’accusée. Elle a prétendu seulement que cet argent avait servi, non à payer ses renseignements, mais à payer ses faveurs!

Encore une fois elle n’a rien contesté et nous l’avons entendue s’expliquer en toute liberté avec une rare impudence.

Nous avons donné les détails les plus circonstanciés sur les débats—les deux audiences—qui eurent lieu à huis clos il est vrai, comme tous les procès d’espionnage, mais qui furent remplis par les déclarations passionnées de la danseuse et la défense chaleureuse de l’avocat de grand talent, Mᵉ C., commis d’office, sur sa demande.

Quant à la résurrection de l’histoire de la Tosca c’est encore—nous l’avons dit—de la fantaisie pure. Que son avocat ait fait croire à la condamnée qu’elle ne serait fusillée que pour la forme, c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de balles dans les douze fusils, c’est possible, mais c’est invraisemblable. Ce qu’il y a de certain, c’est que, quand au moment du réveil, le défenseur a offert à la danseuse d’invoquer un prétendu état de grossesse pour obtenir un sursis en vertu de l’article 27 du Code pénal, Mata a répondu formellement: «Je ne suis pas enceinte et je refuse d’invoquer un pareil prétexte. Puisque je dois mourir, je dois me résigner!» Et elle a repoussé l’offre de l’examiner que lui faisait le docteur Socquet.

A cet instant Mata-Hari était fixée et bien fixée sur son sort. J’ajoute qu’elle ne semblait avoir nourri aucune illusion, et que son avocat ne m’a point paru l’avoir trompée sur la réalité de l’exécution du jugement.

En effet, avant l’exécution, le bruit a effectivement circulé que Mᵉ C... avait fait croire à sa cliente qu’il n’y aurait qu’un simulacre de fusillade. Mais, au récit de cette histoire dans le cabinet du directeur de la prison, tout le monde, y compris, je crois, le défenseur, a haussé les épaules.

La vérité est que le défenseur avait caressé un moment l’espoir d’échanger Mata-Hari contre un prisonnier français important. Nous l’avons entendu dire: