LES DERNIÈRES RECOMMANDATIONS
Marguerite Francillard se leva comme si elle allait sortir de l’église pour rentrer chez elle. Le brave abbé Geispitz était venu l’assister.
—J’irai bien toute seule, disait-elle. Je n’ai pas peur.
—Voulez-vous écrire?
—Merci. Je n’ai personne qui s’intéresse à moi.
Le vénérable aumônier l’embrassa, et je l’entendis lui faire les ultimes recommandations:
—Mon enfant, lui dit-il, vous allez monter au ciel. Le bon Dieu vous attend et vous accueillera. Mais faites-moi une promesse: quand, tout à l’heure, vous serez devant les soldats, vous crierez avec tout votre petit cœur: «Je demande pardon à Dieu et à la France. Vive la France!» Vous me le promettez?
—Oui, mon père.
Marguerite tint parole. Elle s’avança lentement, d’un pas indolent, vers le poteau. Elle repoussa doucement le bandeau qu’on voulait lui poser sur les yeux, et face au peloton, nous l’entendîmes crier d’une voix faible:
«Je... demande... pardon... Dieu... Vive France!»