—Où étiez-vous le jour de la mobilisation? demanda le commissaire spécial.
—J’étais en Italie.
—Vous mentez, affirma Yvonne. Vous m’avez déclaré que vous étiez en Allemagne.
—Je n’ai jamais pu dire cela. Il y a dix ans que j’ai quitté l’Allemagne. Je puis être suspect, mais je suis innocent.
Yvonne raconta avec détails tout ce que le lecteur sait déjà.
Alors, confus, désemparé, brisé, Constantin se leva et, regardant la danseuse les yeux dans les yeux, prononça cette phrase qui ne manque pas d’élégance:
—Madame, je vais mourir par vous et pour vous!
Puis, se tournant vers le fonctionnaire, il ajouta:
—Oui, je suis un espion, et je vais tout vous dire.
Il lui fallut deux journées pour faire sa confession entière. Il avait essayé de divers métiers en Allemagne, tantôt camelot, tantôt commissionnaire; il était dans la misère quand la guerre éclata. Immédiatement repéré par la police pendant qu’il errait dans la promenade Unter den Linden, il fut conduit dans un immeuble voisin de la Wilhelmstrasse. Là, un haut fonctionnaire, sorte d’officier en civil, lui donna connaissance des renseignements—mauvais—qu’on avait sur lui, et l’engagea à profiter de sa connaissance du français et de l’anglais pour «aller voir ce qui se passait chez les alliés».