—Je suis contrebandier, soit! Mais pas espion!
Telle était la réponse préparée, réponse d’ailleurs classique de tous les inculpés d’intelligences avec l’ennemi dont la justice a eu à s’occuper.
Aussi qui dit contrebande dit, dans la plupart des cas, espionnage.
LE CENTRE DE GENÈVE
Genève était devenu le rendez-vous des déserteurs français, et, il est triste de le constater, c’est parmi eux que les Allemands recrutaient la plupart de leurs agents.
Le bureau central des renseignements se trouvait, nous l’avons dit, à Fribourg-en-Brisgau, et son représentant à Genève était une femme blonde, une Allemande, qu’on appelait la Rouquine.
Cette femme, qu’il ne faut pas confondre avec la célèbre Mlle Docktor, d’Anvers, se déplaçait fréquemment. Elle avait pour lieutenant en permanence à Genève un certain cordonnier boche du nom de Kœniger qui habitait rue Prévost-Martin et avait pour mission de centraliser les renseignements et de recruter les agents.
Lorsque Kœniger avait fait une recrue, il l’envoyait parfaire son instruction professionnelle à Fribourg. Là se trouvait la fameuse école dont nous avons déjà eu l’occasion de parler et où les méthodes de perfectionnement étaient poussées si loin qu’on enseignait aux candidats: la manière de recueillir et d’envoyer des renseignements, de passer la frontière, parfois même de rejoindre leur ancienne unité au front en faisant croire qu’ils avaient été faits prisonniers.
C’est un graveur sur métaux de Genève, appelé Lisenmenger, qui conduisait les élèves à Fribourg.
Le franchissement de la frontière se faisait près de Genève avec la complicité des restaurateurs dont les établissements étaient situés à quelques mètres des bornes limites.