C’est au café Amodru qu’on rencontrait aussi les deux frères Ripert, dits Lhoupart, Jean et Marius, connus aussi sous le nom de les Marseillais.
Jean Ripert était un sinistre bandit que l’on retrouve dans toutes les affaires d’espionnage. Les deux frères d’ailleurs avaient une égale audace: tous deux étaient allés en Allemagne se faire interner, puis avaient simulé une évasion, étaient revenus en Suisse, et avaient écrit à leur capitaine pour lui raconter «la manière dont ils avaient échappé aux Boches!»
Marius Ripert, le frère, avec Guaspare, avait fait une grande tournée d’espionnage dans le Midi, d’où ils avaient rapporté une ample moisson de renseignements.
Tels étaient les personnages principaux de la bande. Mais il y avait encore sept comparses, ayant chacun un rôle dans l’affaire compliquée qui nous occupe.
L’ESPIONNE QUI SE SUICIDE
Au café Amodru on rencontrait les distingués seigneurs que voici:
Forest, qui avait fait de l’espionnage dans la zone des armées grâce à de fausses permissions fabriquées par Kœniger, et était revenu en Suisse d’où les Allemands l’avaient envoyé en mission à Anvers porter des plis à Mlle Docktor.
Perrin, que les autorités suisses avaient dû poursuivre pour espionnage, tellement ses agissements étaient apparents et scandaleux.
Forestier, déserteur, qui avait fait plusieurs voyages en France.
Vignon, insoumis français, marchand de bicyclettes à Genève, où il était très connu de notre service de renseignements; de plus, anarchiste militant et agitateur à la solde des Allemands. Cet individu faisait aussi tous les commerces; il avait chez lui un dépôt de brochures défaitistes imprimées à Genève et distribuées en France, et pour compléter son achalandage un dépôt d’explosifs de toute première marque.