Brusquement on ouvre, l’appui se dérobe, et il entre dans sa maison comme s’il tombait dans le vide.
Sa femme est devant lui, énorme, terrible. Et derrière elle, dans un coin, étendu sur un lit aux draps très blancs où ondoie la caresse douce et blonde d’un cierge, son fieu repose, pauvre petit corps tout raidi.
—Ah te voilà, saligaud d’ivrogne! Et ch’ cercueil? l’as-tu acheté ch’ cercueil?
— !
—Non? Alors qu’est-ce que t’en as fait de ch’ l’argent? Tu l’as encore bu, dis, saligaud? Et l’ petiot on va être obligé de l’ mettre comme il est là dedans l’ froidure de l’ terre! Ah tiens, un père comme ti, on devrait le jeter du carreau de l’ fosse, dans le fond de ch’ puit, dans ch’ bougnou!
Tout se brouille devant lui, une gifle lui a éclaté dans la figure. Une poussée dans les reins, l’envoie s’affaler dehors.
Sa grosse tête a frappé sur le pavé, mais il n’a ressenti qu’un choc très mou. Il se redresse et va s’adosser contre le mur, auprès de la fenêtre.
La rue toujours si animée par les enfants qui jouent, par les femmes qui voisinent, est déserte. Les maisons semblent inhabitées. Quelque chose de lugubre et de tragique plane dans le silence.
Et le malaise qui vient de cette absence de vie, de toute cette immobilité, est encore accru par une fin de jour sinistre. Dans le prolongement de la rue, à l’horizon, s’abaisse un coucher de feu et de sang. Des vitres, aux fenêtres closes, s’allument et rougeoient; les silhouettes des cheminées, les arêtes et les saillies des toits, s’entourent d’un cerne lumineux couleur de soufre, et les ombres s’allongent.
Appuyé contre le mur il ne bouge pas. Il regarde autour de lui avec des yeux troubles, et son cœur inquiet écoute le calme surnaturel.