Lui, ne s’arrête pas; il continue à traîner ses jambes engluées, et rentre dans une galerie s’enfonçant dans beaucoup d’ombre et de silence.
Il va toujours de la même marche entravée et lente du rêve, dans l’humide obscurité de cette galerie qui est une voie de roulage. Ses yeux suivent, à la lueur qu’il porte avec lui, les deux éclairs des rails qui s’allongent dans le noir comme deux cornes.
Soudain, il sent que son chapeau de cuir frôle les bois d’étais, qui, transversalement, soutiennent le toit de la galerie. Pour avancer il courbe les épaules. Mais le frôlement recommence, le toit s’est encore abaissé, l’obligeant à marcher sur les genoux. Et voici que l’atmosphère devient étouffante. Il s’arrête. Alors, avec horreur, il sent sur le dos, le toucher dur et glacé de ce toit qui continue de s’abaisser en un lent, très lent, mais irrésistible glissement. Ses reins doivent bientôt céder à l’affreux affaissement. Il s’aplatit sur le sol. Pour fuir, pour se dégager, il recule en rampant. Sa lampe s’éteint et dans l’étouffement des ténèbres, recommence la pression diabolique des quatre cents mètres de terre qui le surplombent. Sa poitrine ne peut plus se dilater au rythme de son souffle et ses tempes battent contre le roc. Il étouffe, il râle.
Mourir! Non, il ne veut pas mourir; il se débat, se révolte et, d’un sursaut de volonté, il se réveille.....
Ses yeux hébétés errent un instant dans la salle. Puis sans avoir bougé, dans la même pose affalée, les bras tombants, la tête gisante sur une épaule, il retombe dans le sommeil.
Et la vie du rêve reprend, fantastique et fantomale.
A présent, il va, la tête en avant, les jambes molles, dans un tâtonnement continuel de l’équilibre, à droite, à gauche. Il s’arrête, hésite entre une chute en avant ou en arrière. Puis, il repart en quelques pas rapides que suit un nouveau repos vacillant.
La première rue du coron est là devant lui, toute droite, en un allongement de perspective démesurée. De toute la force de sa volonté il tend à l’atteindre. Mais elle pivote, avec ses deux rangées de maisons, comme un carrousel de chevaux de bois.
Il y avait là, près de lui, une palissade contre laquelle il allait s’appuyer. Or, celle-ci vient de disparaître. A cette même place, il voit maintenant un mont de betteraves.
Après une grande oscillation de tout son corps et une alternative de petits pas butés, zigzaguants, il vient se coller contre sa porte.