Sa pipe, décrochée de la bouche, vient de se briser sur le carrelage avec un petit bruit sec.
—Le v’la qu’il a tout bu, a ch’t’heure, ce cochon-là....
Le mari a crié cela avec la haine qu’ont les paysans pour ces houilleurs qui gagnent beaucoup et gaspillent l’argent.
—Si qu’il m’ paie, ça n’est mi encore rien, a ajouté la femme.
Il dort, mais par instants ses lèvres remuent convulsivement, et ses grosses mains déformées, qui pendent contre les bougeons de la chaise, s’agitent et se contractent.
C’est que son cerveau de vieille bête de travail, son cerveau durci, calleux comme ses mains, s’exalte sous l’influence de l’alcool. Dans la nuit de son crâne, se déroule une vie monstrueuse, une vie désordonnée, frénétique, qui le fait tressaillir.
Il est au fond, il marche du pas léthargique des songes, il va à la lueur de sa lampe, suivant le sentier qui passe dans les forêts enfouies. Et partout ce sont des feuillages, des feuillages immobiles incrustés aux murs sombres. Les palmes élancées des fougères arborescentes se courbent vers des troncs de sigillaires aux écorces ondulées. On dirait un dessous de bois somnolant dans l’ombre opaque. Parfois, la lueur de la petite lampe allume une lamelle de mica qui se met à luire comme le calice d’une fleur chimérique. Et de l’eau qui source, s’écoule avec le doux murmure d’un ruisseau glissant sous la mousse.
Mais le voici qui arrive à une clairière, à une taille.
Là, des hommes aux torses nus, leur chair livide dans la nuit qu’étoilent les lampes, conduisent la morsure des perforatrices qui mordent la terre rageusement avec un air de bête mauvaise. Elles allongent des dards qui semblent fouailler des entrailles et ont des sifflements de serpents en colère.