Le paysan qui a fini de décrotter ses houseaux et qui silencieusement fume sa pipe, trouve que ce mineur saoul dort bien longtemps, d’autant plus, que celui-ci l’énerve par ses soubresauts et par les gémissements qu’il pousse dans son rêve.

Il décide de le réveiller. Pour cela, il va prendre les quatre planches de bois blanc qu’il a déposées sur une table et, s’esclaffant de rire, les laisse tomber de très haut sur le carrelage.

D’un bond Bécu s’est levé, éperdu. Et les yeux fous, le regard comme fasciné en apercevant les quatre planches de sapin qui semblent les bris d’une bière neuve, il tend vers elles des bras raidis de visionnaire, des bras qui se défendent contre une apparition. Puis il fait entendre une sorte d’aboiement rauque d’où les mots sortent étranglés: ..... ch’ cer..... ch’ cer..... ch’ cercueil.....

Le paysan ne rit plus. Sa femme et son fils se sont levés. Tous trois contemplent cette face de folie et tous trois sentent passer en eux un frisson d’épouvante.

Éveillé, le malheureux voit encore le surnaturel et le fantastique de son rêve.

Maintenant ce n’est plus comme dans le sommeil la seule illusion imaginative de la peur. C’est un effroi atroce de toute la chair, c’est une panique du cœur et un spasme hideux des nerfs.

Mais l’hallucination ne dure qu’un instant. Comme un ressort qui se casse, les nerfs brusquement se détendent et les bras roidis tombent.

Seul, le regard conserve une expression d’étrange égarement. D’une main inerte, mollement, Bécu s’essuie le front, puis il prend son chapeau de cuir posé sur la table et le met sur son crâne chauve.

A ce moment, la paysanne vient se planter devant lui, tout son long corps maigre de vieille bique frémissant encore. Et d’une voix blanche:

—Ah! mais avant de vous ensauver y faut m’ payer; cha fait trente sous que vous me devez.