Lui, gauchement, tâte son bourgeron et en tire un franc ainsi qu’une petite pièce. Quelques sous sont tombés, il ne les ramasse même pas.

Il se dirige vers la porte, non en titubant comme un homme ivre, mais du pas défaillant d’un homme qui vient de recevoir un grand coup sur la tête.

Il avance dans la nuit glacée.

Tout est sombre dans le vallon, il n’y a que les deux yeux lumineux de la maison d’où il sort qui le regardent s’éloigner.

Le chien a encore hurlé dans la fabrique abandonnée et puis s’est tu, n’entendant plus le long du mur le pas rôdeur.

La gorge serrée, la poitrine pantelante, Bécu va à pas entrecoupés. Dans sa tête bourdonnent encore les imprécations de la bande hurlante—mauvais père—salaud d’ivrogne. Les mots argent et cercueil lui martèlent le cœur tour à tour, comme les gros marteaux des forgerons viennent l’un après l’autre, en cadence, frapper l’enclume.

De son cauchemar, il lui reste une sensation physique étrangement douloureuse et un frisson de mystère. Le souvenir des reproches et des insultes de la foule fantomatique l’effraie d’une façon superstitieuse et l’accable comme une malédiction.

Il éprouve encore l’épouvante du surnaturel.