La Jaune
Le garde-mine qui veille, a fait tourner, sur ses gonds crissants, la lourde grille. Un véhicule, une ombre longue, passe entre les bornes de fer, puis s’avance et se perd dans l’immense cour que rend infinie le brouillard où toute chose demeure encore noyée, quoique le petit jour commence à le pénétrer.
Là-bas, accrochées et s’étageant dans le vague, des lueurs bleuissantes révèlent des fragments de baies vitrées ainsi que les courbes élancées d’armatures bientôt évanouies. Une masse, un bâtiment énorme se trouve là, encore invisible et assoupi.
Mais, pourtant, il semble que cela s’éveille, et que pesamment cela remue dans la brume.
Deux yeux de feu se sont ouverts à la base, et leurs regards trouent le brouillard de halos rougeoyants. De sourdes résonances se traînent, répercutées, et ce sont aussi des ébranlements de fer, des tressaillements étranges.
Soudain, un rauque ébrouement de vapeur déchire l’air. Puis, un instant après, dans le calme revenu, s’étend le rythme large, calme et profond, d’une respiration géante.
La clarté blafarde du jour, peu à peu amincit la nappe stagnante du brouillard; des transparences se forment. Alors, lentement, la grande masse noyée émerge par lambeaux rigides.
Comme un mât pointant d’une épave, apparaît d’abord la haute cheminée, puis la silhouette d’un beffroi. Ensuite s’exhausse la sombre, la lourde carrure des toits. Peu après, de la buée, tout un tas noirâtre, anguleux, se dégage.