L’une de ces dames s’étonne de ne point voir trace de forage. Elle demande avec inquiétude «si l’on est bien sûr de trouver la houille». L’ingénieur lui fait comprendre que c’est un calcul précis, mathématique, qui a déterminé cet emplacement. Et il ajoute:
—A cent quatre-vingt-quatre mètres le puits rencontrera une galerie d’allongement de la fosse Sainte-Clotilde, cette fosse dont vous apercevez d’ici les cheminées et le coron. Nous prévoyons même qu’à une certaine profondeur il nous faudra traverser une poche d’eau importante; mais cela se fera aisément grâce à notre méthode de congélation. L’eau sera extraite par blocs solides.
Alors la dame rassurée pousse des petits cris d’enthousiasme—c’est extraordinaire—c’est merveilleux.
Une fois encore les coupes sont remplies. On les vide en portant un toast à l’ingénieur qui va exploiter la nouvelle fosse.
Le jeune homme sévère se confond en remerciements balbutiés... très honoré, Monsieur le directeur... distinction... assurance profond dévouement...
L’un après l’autre les messieurs en pelisses lui serrent la main. Et chacune de ces poignées de mains est éloquente. Elle semble exprimer à la fois de la crainte et un grand espoir; elle paraît aussi signifier de façon pathétique une ultime recommandation.
A présent, on s’en va à la débandade, les dames sautant les sillons comme des ruisseaux, le curé en se retroussant si haut, qu’il découvre ses mollets tremblants de graisse. Et la croix portée par l’enfant de chœur, à qui on a versé un fond de bouteille, brimbale à droite, à gauche, titube dans l’air, ayant perdu toute dignité.
Un instant le noir convoi des landaus qui s’éloigne se profile sur l’horizon; puis il disparaît dans le creux d’une large vague de la plaine.
Le vent âpre s’est adouci. Un ample souffle d’air tout tiède d’exhalation humide de la terre passe sur les sillons. Et cela semble un long soupir de tristesse.
Le grand champ labouré a reçu une monstrueuse semaille. Au brûlant soleil des moissons, ses blés ne tendront plus leurs aigrettes d’or. Comme des fleurs colossales, sur lui, le fer et l’acier vont s’élever pesants. Et là-dessous éventrant son tréfonds, s’ouvrira une nuit vorace où râleront de ténébreux parias de la houille.