La courte cérémonie est terminée. Comme le comédien qui a fini de jouer son rôle, chacun a repris sa physionomie naturelle. Les dames ont quitté leurs mines contrites, les hommes leur attitude à la fois solennelle et respectueuse. Quant au gros curé il a posé sur sa tête une petite calotte, ronde comme sa tonsure, et se frotte les mains en avouant «qu’en vérité le fond de l’air est glacé».

Un cocher vient d’apporter une bannette d’osier dont il retire du vin de champagne et des coupes de cristal. Mais une coupe heurtée se brise avec une petite vibration claire. Aussitôt les trois dames glapissent:—Ça porte bonheur!—Ça porte bonheur!

Enfin comme les bouchons encapuchonnés d’or ont sauté et que le vin mousseux a été servi à la ronde, un des messieurs à mine importante lève sa coupe.

—«Je bois à l’avenir, à la prospérité de notre nouvelle fosse qui va désormais porter le nom de sa gracieuse marraine. Vive la fosse Sainte-Eudoxie».

On choque les coupes et l’on boit: Monsieur le curé, les lèvres tendues, la main gauche appuyée sur sa poitrine pour ne pas salir son étole.

Maintenant, les hommes se sont rassemblés en conciliabule et le vent emporte encore les mots capitaux—actions—hausse—dividende. Des lambeaux de phrases s’envolent aussi quand ils élèvent la voix... évidemment, il faut détruire l’action des syndicats... salaires onéreux... faire venir des Belges... l’économie surtout...

Les dames se sont accaparé d’un long jeune homme pâle tout de noir vêtu, d’un aspect sévère,

—Eh bien Monsieur l’ingénieur, quand commencera-t-on les travaux?

—Oh! incessamment Madame. Ils seraient déjà entrepris si nous n’avions eu quelques difficultés quant aux expropriations.

Et ce sont ensuite des questions puériles, des questions ignorantes auxquelles le jeune homme sévère répond avec respectueuse condescendance.