—Qu’il plaise au parrain et à la marraine d’avancer.
Du groupe un monsieur et une dame se détachent et s’approchent du prêtre qui les place côte à côte comme pour une bénédiction nuptiale.
L’enfant de chœur qui avait abandonné sa croix pour courir jusqu’aux landaus en revient avec des cierges, un goupillon et l’urne à eau bénite.
Le parrain prend un cierge en main, la marraine en prend un autre. On ne les allume point à cause du vent.
Alors la voix sacerdotale commence à psalmodier les Oremus. Les syllabes du latin sonore forment un ronron musical que coupe par instant le timbre suret de l’enfant qui crie les repons.
Les dames ont pris des mines contrites et semblent percluses de dévotion et d’humilité. Un des hommes en pelisses caresse d’un geste distrait la nudité de son crâne chauve où quelques poils frissonnent au souffle de l’air. Un autre détourne un peu la tête pour scruter du regard, à travers son lorgnon d’or, un coron qui là-bas étend la carapace de ses toits de tuiles auprès d’une noire élévation de schiste.
Un instant, le ronronnement sonore s’arrête; le curé tourne les pages du livre en mouillant son pouce. Puis, ses lèvres se reprennent à jeter au vent les paroles sacramentelles, comme s’il voulait éparpiller là tout autour une pieuse semence.
Au loin, un convoi de houille qui sans doute passe sur le pont métallique d’un canal, fait entendre un sourd grondement; après quoi, la sirène d’une houillère, pour quelque signal, se met à beugler tristement.
Tout à coup l’enfant de chœur, qui sournoisement s’était mis les doigts dans le nez, lance un Amen perçant comme un cri d’oiseau et, ayant saisi l’urne qui contient l’eau bénite, présente au curé le goupillon. Alors celui-ci fait avec lenteur le tour des piquets de bois en aspergeant la terre labourée, le sol sous lequel gît l’or noir.
Les assistants ayant reçu pendant l’aspersion quelques gouttes du liquide sacré, chacun d’eux croit convenable de se signer: les dames d’un grand geste croisé, les messieurs en ébauchant un petit signe vague.