Et tout le monde fixe à quelque cent mètres, un point de la terre labourée où des piquets de bois sont plantés en rond.
On se met en marche, l’enfant de chœur portant haut la croix comme pour une procession. Monsieur le curé qui le suit se retrousse comme ces dames dont l’une en relevant sa jupe découvre d’affreux bas de coton blanc. Les Messieurs causent entre eux. Ils causent argent; le vent âpre qui souffle emporte les mots actions, capitaux, hausse, dividende.
Au ciel un vol de corbeaux passe en croassant.
On arrive auprès des piquets de bois. On s’échelonne autour du rond et l’enfant de chœur se penche comme s’il y avait déjà là le mystère d’un grand trou profond.
Alors commence en plein champ une cérémonie étrange.
Le prêtre est entré dans le rond avec l’enfant de chœur. Il a tiré de sa soutane un livre recouvert d’étoffe noire, il s’est mouché dans un large mouchoir à carreaux et a posé sur son nez des lunettes. Puis ayant redressé sa taille d’homme obèse en faisant pointer son ventre en avant il s’est composé une physionomie solennelle. Ses paupières se sont abaissées, son geste s’est fait évocateur.
Les Messieurs se sont tous découverts.
Et voici que la voix du prêtre s’élève comme contrefaite, sur une seule note monotone qui à la fin de chaque période s’abaisse dans une sorte de gémissement doux.
—Nous allons donc procéder au baptême de la nouvelle fosse; nous allons appeler la bénédiction du Dieu tout puissant sur ces lieux où va s’accomplir l’ouvrage difficile et plein de périls. Ah! puissions-nous en invoquant la miséricorde divine, en implorant la sauvegarde de Notre Seigneur, détourner de ces lieux l’Esprit d’Erreur, l’Esprit de Révolte et mettre à jamais l’œuvre à l’abri des catastrophes et de la ruine.
Puis sa voix redevenue naturelle et avec des inflexions patelines: