A travers les terres labourées, suivant une petite route défoncée par les derniers charrois de betteraves, trois landaus fermés, sombres comme des corbillards, s’en vont au pas. Sur le siège de la première voiture est assis auprès du cocher, un enfant de chœur en surplis blanc et qui tient à deux mains la hampe de métal d’un grand crucifix.

Les trois voitures cahotées mollement dans le chemin boueux penchent d’un côté, s’inclinent de l’autre. Parfois elles disparaissent dans le creux d’une ondulation puis lentement reparaissent un peu plus loin.

Les voici traversant une étendue plane. A droite et à gauche du chemin gras qui se confond avec la terre des champs, les sillons s’allongent parallèles, semblables aux rayures d’un tapis immense.

Soudain une glace du premier véhicule s’abaisse et une tête coiffée d’un chapeau haut de forme émerge de l’intérieur.

—Cocher, nous y sommes, arrêtez.

Alors la voiture s’immobilise; l’enfant de chœur saute à bas du siège en faisant un bruit de ferraille avec son grand crucifix et vient ouvrir la portière.

Apparaît un gros curé revêtu du rochet de dentelles avec dessus l’étole dorée. Comme son ventre lui cache le marchepied il tâtonne celui-ci de son soulier à boucle d’argent avant que d’oser faire incliner la voiture sous le poids de son corps. Ensuite descendent très graves trois Messieurs gantés, en pelisses de fourrure et chapeaux de soie.

Des autres landaus sont encore sortis de ces hommes d’important aspect et trois dames. Celles-ci sont d’âge indécis et sont habillées sans aucune élégance mais elles portent aux oreilles, des perles ou des brillants énormes, de ces bijoux ostensibles qui semblent vouloir exprimer le chiffre d’une fortune.

—«Voyez, c’est là-bas», dit l’un des personnages à pelisse en étendant le bras.