Au ciel, vers le couchant, une tache fauve vient d’apparaître. Lentement elle grandit, et devient une sorte de lueur qui, s’infiltrant peu à peu dans le ciel compact, révèle un chaos de nues amoncelées. Les contours de gros nuages se dessinent frangés d’or, et entre leurs échancrures, se forment des profondeurs caverneuses, où de sourdes incandescences s’irisent.

Mais le soleil bientôt est las de son effort pour percer ce ciel lourd; la lueur un instant plus vive, s’éteint doucement. Les grands nuages apparus, se soudent, se confondent à nouveau, en l’uniformité d’un gris sévère et triste. Et sur la grande plaine, le jour se meurt dans un crépuscule de cendre.

Là-bas, du dernier estaminet, sort un air de polka que joue un orgue de barbarie. Les sons mélancoliques flottent, ondoient mollement, puis se perdent sur la nudité rase des alentours, comme les vagues se déroulent, s’étalent, et expirent sur la nudité de la grève.

C’est qu’elles tournent à présent les petites trieuses, les filles blondes aux yeux vicieux et bistrés, elles tournent au bras de leurs amoureux.

Lorsque la nuit sera venue, si noire, si épaisse que ses ténèbres donneront au visage la sensation d’un frôlement, quand elle aura enseveli les petites maisons basses et leurs listels de deuil, des couples iront s’étreindre, dans le grand lac d’ombre, où seul brillera comme un astre monstrueux, le fanal électrique de la fosse.

Baptême

Les champs sont dénudés; la terre brune de la plaine s’étend en longues ondulations comme une houle du large.

Un vent humide et froid souffle. Le ciel gris tout entier glisse régulièrement comme l’onde d’un fleuve illimité. Et dans ce ciel aqueux, de tous les points de la plaine, les cheminées des houillères, hérissant leurs longs cols, dégorgent des spires de fumées noirâtres qui s’allongent, s’étirent, emportées par le large courant des nues.