Le docteur reparaît seul, tenant en main une spatule d’acier sur laquelle, quelque substance se trouve recueillie. Il s’assied sur un haut escabeau, devant son microscope. Ses doigts nerveux et habiles manient des lamelles de verre, puis il fixe son œil aux lentilles.
Le houilleur paraît à son tour, bouclant le ceinturon qui retient ses pantalons de toile. Gauche, embarrassé, n’osant pas faire résonner ses sabots sur le plancher, il se croise les bras et reste debout derrière le docteur.
Un moment s’étant écoulé, celui-ci se tourne vers lui:
—Eh bien, mon pauvre ami, oui, voilà ce que j’avais bien pensé... Vous êtes atteint d’anémie ankylostomiasique. C’est grave. Si vous ne suivez pas un traitement, vos vertiges augmenteront, vos palpitations de cœur aussi et l’œdème se généralisera. Puis la consomption peu à peu vous enlèvera toute force et vous serez obligé de cesser votre travail.
Le mineur a baissé la tête, comme sous une malédiction. Sans lever les yeux, il demande d’une voix sourde:
—C’est y que ça a rapport avec l’ boisson?
—Avec l’intempérance? Mais non, mais non, c’est une maladie que vous avez contractée en travaillant au fond.
Alors le regard du mineur, va au groupe des compagnons qui sont tous immobiles, les bras pendants, les épaules voûtées, pétrifiés par l’attention.
Un silence passe. Il semble que le docteur vient de jeter quelque chose de pesant dans chacune de ces consciences confuses et sombres. Et voici que lentement, pendant ce silence, une même pensée se forme derrière tous ces fronts durs.
Tout à coup, comme poussé par une colère âpre et triste, le houilleur, dans la roulotte, exprime cette pensée commune.