Et la ruée des sabots continue de marteler la terre; les échines roulent; et les petites étoiles toujours s’élèvent sur la montée de calvaire.

Patient et doux, le médecin a pu enfin décider une vingtaine d’hommes à le suivre, vingt hommes aux traits dépenaillés.

Le porion leur a dit que la journée de travail leur serait comptée, et qu’après l’examen du docteur, ils pourraient rentrer au coron. Alors, à pas traînards, ils sont tous retournés à la lampisterie, remettre leurs lampes à ces crochets matriculés, dont le contrôle, aux jours d’épouvante, marque le nombre des ensevelis.

Maintenant les voici groupés devant la roulotte, dont la porte grande-ouverte, laisse apercevoir l’intérieur, sorte de laboratoire rempli d’objets aux formes bizarres, d’instruments aux cuivres et aux aciers polis qui froidement brillent. Inquiets, ils regardent le docteur manipuler avec une méticuleuse attention son microscope.

—Allons, mes amis, je suis prêt. Qui veut passer le premier?

Les houilleurs murmurent; quelques-uns ont un mouvement de recul. Mais l’un d’eux, bravement, s’avance.

—Ah très bien, très bien! s’écrie le docteur qui le fait aussitôt monter près de lui.

Les autres tendent l’oreille, parce qu’on parle bas au camarade qui secoue la tête. Enfin, les paroles chuchotées ont été sans doute plus persuasives, car le camarade suit le docteur dans une partie de la roulotte que cache un rideau.

Les houilleurs, durant l’attente, échangent entre eux de brèves paroles coupées de silence, de silence respectueux, pour tout ce savoir, toute cette science qui, pour eux, émanent de ces appareils de laboratoire aux formes hétéroclites et retordes.

Assis à l’écart, sur un seau, le gardien de la roulotte, paraît être tout pénétré d’importance et ne considérer qu’avec mépris, ces pauvres êtres au teint jaunâtre, à la maigreur perçant la toile grise de leur uniforme de de forçats. A une question timide, posée par ceux-ci, il a répondu sur un ton sentencieux «taisez-vous». Et, crachant loin, il a continué à fumer une pipe de terre, en regardant par de là l’encombrement des stocks de charbon et des mâts de boisage dressés en faisceaux, la haute et noire élévation de schiste, le terri, sur lequel stationne un train entier de wagons.