—«Je vous accompagne». Mais l’employé affolé par son zèle, devance prestement le médecin, tandis que celui-ci s’en va, lentement, comme si un lourd ennui l’empêchait de se hâter.

Le directeur général est seul dans le bureau de l’ingénieur, où, sur des tables élevées, sont disposés les plans souterrains de la fosse.

Debout, il va et vient d’un pas sonore, autoritaire, les lèvres serrées, ce qui fait pointer en avant sa barbe blanche plantée drue.

La taille militairement sanglée en l’habit au revers duquel saigne la rosette d’officier de la Légion d’honneur, le port de tête droit, la démarche roide, sans rien de souple ni d’hésitant, tout en lui indique le commandement, la volonté obéie. Dix-huit mille êtres sont sous les ordres de cet homme et aucun d’eux, n’est individuellement considéré par lui: seule la masse, comme un levier.

On frappe à la porte. D’une voix brève le directeur ordonne:

«—Entrez».

Le docteur est devant lui, gauche et timide un peu, mais avec dans ses bons yeux mélancoliques, une petite flamme claire d’intelligence.

—Docteur, veuillez m’excuser si je vous distrais un instant de vos travaux, mais j’ai à vous adresser une légère représentation.

Il a fait un geste indiquant un siège et tous deux se sont assis. Alors une voix sèche commence de résonner dans la pièce froide et nue.

—L’État, impose aux Compagnies minières un contrôle qui devient de jour en jour plus investigateur. En ce moment, elles le subissent sur une question d’hygiène. Or donc, depuis deux mois, comme médecin délégué, vous enquêtez chez nous afin de situer par diagrammes et rapports statistiques, un mal très vaguement déterminé et auquel, permettez-moi de vous le dire, je ne crois que très peu.