Il va, songeant à ce pays de richesses et de douleurs, de forces et de misères. Il pense à tous ceux qui sont là, sous lui, dans les profondeurs d’abîmes, luttant contre les forces élémentaires. Et c’est bien une pitié fraternelle qu’il ressent pour eux.

Des faces de houilleurs repassent par son esprit. Il revoit des yeux, brillants dans des pâleurs émaciées, ou encore de ces faces passives figées par l’abêtissement.

Mais le médecin s’arrête; d’un cabaret, sortent de rauques éclats de voix et sur le pas de la porte, deux houilleurs causent en titubant.

Ils sont tous là, ceux qu’il avait puisés dans la coulée grise où brillaient les petites lampes funèbres. Il les reconnaît, il s’approche, et par la porte ouverte les contemple d’un air découragé.

Mais eux l’ont aperçu, leurs yeux hébétés par l’ivresse s’étonnent. Puis c’est brusquement un même élan de haine aveugle, de fureur animale. Des poings se tendent, des bouches se tordent pour hurler des injures et des menaces.

Tout à coup, l’un d’eux se précipite sur la porte et la ferme à toute volée, comme s’il la lançait pour écraser quelqu’un.

Alors lui continue sa route plus lentement, le dos rond, la tête penchée. Et tout autour de lui, grandit cette désespérance qui vient on ne sait d’où... des hommes peut-être... ou bien des choses...

Veuve