Le vent gémit; la pluie grelotte contre les vitres. Dehors, la nuit est profonde, mais là-bas, au loin, sur un point de l’horizon de ténèbres, les fours à cokes mettent une lueur d’aurore fantastique.

Par instants, dans la chambre enténébrée où le poêle jette par son œil incandescent une petite clarté solitaire, un long sanglot s’élève et expire dans le silence. Puis, c’est un tressaillement du charbon dans son creuset de fonte, ou bien encore, c’est une braise qui tombe comme une larme. Et l’on n’entend plus que le glissement triste de la pluie sur les vitres et les gémissements du vent.

Dans un coin, quelque chose a remué. Une silhouette s’est dressée; elle s’est approchée de la fenêtre. Longtemps elle y demeure immobile, puis elle s’affale et une voix de femme se met à se plaindre doucement, douloureusement.

Un bruit pesant, cadencé, s’approche; une patrouille passe et s’éloigne.

Tout à coup, les plaintes cessent, la femme se lève et s’écrie: «j’y revas». Alors la porte de la chambre s’ouvre, et voilà la femme qui, dans la nuit, sous la pluie glacée, s’en va titubante, comme saoule.

Elle passe devant d’autres maisons accroupies dans le noir, à distances égales. Des lumières clignotent et le vent fait battre des portes, lugubrement, comme si toutes ces maisons étaient abandonnées. Un chien, quelque part, hurle l’angoisse, la mort. Et les tintements sinistres des glas que l’on sonne dans les paroisses, agonisent dans l’air, venus de très loin, à travers les ténèbres.

Mais Elle, ne voit rien, n’entend rien. Elle va toujours, les yeux fixés au dedans d’elle-même, fixés sur trois faces que l’épouvante a immobilisées dans sa mémoire.

—«Oh mon pauvre homme, mes pauvres fieux».

Et sa plainte s’en va, tordue par le vent, dont les rafales déferlent sur la grande plaine rase.

Elle grimpe un talus, tombe sur les genoux, se relève. Ses pas s’enfoncent dans la terre détrempée d’un champ; la pluie l’aveugle; mais elle continue à avancer avec obstination dans les épaisses ténèbres.