Ils sortent; les gros sous tombent dans l’assiette de l’estropié; ils tombent lourdement, jetés par des mains énormes et souillées, des mains déformées par les meurtrissures. Et tous ces hommes qui font l’aumône, ont un même air féroce et tourmenté, avec leurs faces machurées dans lesquelles roule le blanc des yeux.

Sur la route envahie, c’est une cohue aux gestes entrecroisés et confus, un grouillement dans lequel les quelques femmes qui attendaient, disparaissent noyées, comme là-bas, au coron, leurs peines et leurs foyers de souffrance sont perdus, parmi les centaines et les centaines d’autres foyers. Une senteur tiède de troupeau, une odeur écœurante de sueur et de houille, flotte dans l’air glacé, au-dessus de la foule qui sur la neige s’élargit comme une tâche d’encre.

Les portes des estaminets s’ouvrent et se referment avec un ébranlement de vitres. Et sur les seuils, ce sont des appels, des noms criés par des voix qu’enrouent les poussiers de charbon restés accrochés dans les gorges.

Un sou lancé maladroitement, est tombé sur le sol gluant. Le houilleur qui l’a jeté le ramasse et le dépose dans l’assiette que l’affligé tient sur ses genoux.

Ce houilleur doit être l’un des plus anciens de la mine, car son corps porte le stigmate des longues heures de travail, pendant lesquelles les jambes ployées, les reins ankylosés, les épaules voûtées, seuls, les bras se détendent, frappant le long du gisement pour extirper l’or noir.

Son allure en est affaissée, et ses jambes demeurent arquées en avant, comme chez les vieux chevaux rompus. Puis, sur ce corps vidé de graisse, la tête portée par un cou amaigri, cordé par les carotides, apparaît trop grosse.

Tout en marchant, l’échine prostrée, il noue sa paie dans le serre tête de toile bleue qu’il a retiré de dessous sa barrette en cuir bouilli. Il fait les nœuds lentement, avec des doigts gourds et inhabiles. Parfois, il relève la tête, et ses yeux enfoncés dans un visage bosselé par les pommettes, fouillent d’un regard inquiet la cohue.

Tout à coup, une grosse femme aux cheveux roux a surgi devant lui. Impérieuse et rogue, vivement elle saisit le serre tête, d’un tour de main le dénoue et en verse le contenu dans son tablier.

Dans la figure elle lui crie:

—Ch’ bulletin, faudra me l’ faire vir à nous mason.