Après quoi, ayant tourné un dos énorme, elle s’éloigne à grands pas farouches, fendant la foule de sa grosse poitrine tendue en avant comme une proue.
Lui, reste là, les bras tombant très bas, avec ses grosses mains déformées au bout, hébété, perdu. Bousculé ici, il va plus loin et s’arrête, regardant les autres sortir, mais les yeux vagues, l’esprit ailleurs.
Enfin, il palpe l’intérieur de son bourgeron serré à la taille par une lanière de cuir.
Il en retire son bulletin de quinzaine et y fixe sa pensée qui errait.
La coulée de la foule le frôle, l’ébranle comme ces piquets de bois enfoncés au milieu d’un cours d’eau.
Soudain, il a un mouvement des épaules, relève les yeux, et le voilà qui remonte le courant humain où sa grosse tête ballotte dans la houle des visages noirs.
Il repasse la grille, puis dans la grande cour, il se dirige à droite, vers le long bâtiment bas et sans étage des bureaux.
Assis derrière son grillage, le comptable le regarde entrer, furieusement hostile déjà, envers ce numéro de son grand registre qui a pris forme humaine.
—Qu’est-ce que vous venez fiche ici?
Le houilleur demeure une seconde ahuri, comme une brave bête paisible qui ne sait pourquoi on vient de la cingler d’un coup de fouet.