—. . . . . Ben Voilà, je viens rapport à les frais d’interment de min fiu qu’est mort ch’ mois passé. A l’ paie, l’ porion il a dit comme çà, que vous ne lui aviez encore rien donné pour mi.

—Votre nom?

—Bécu Désiré.

—A quelle date votre fils a-t-il été enterré?

—L’ quatre ed’ janvier.

Le comptable, le front chagrin, a ouvert son grand registre à coins de cuivre, et de ses doigts pâles tourne les pages où, rivés chacun à son numéro, se succèdent les quatorze cents noms, inscrits en grosses lettres rondes, enlacées comme des maillons de chaînes.

Dans le silence, on entend un bruit sourd qui vient du bâtiment d’extraction, un bruit au rythme large, comme une respiration profonde et égale. Et, à travers les vitres en moiteur, on voit là-bas, à une grande baie, le bras énorme d’une bielle, dont le geste humain passe et repasse.

L’employé a pris son carnet à souche, puis s’est mis à écrire.

Le poêle rougi a rejeté par son œil de feu une escarbille, une larme incandescente qui a roulé sur le plancher. Bécu s’est précipité lourdement, et d’un coup de son gros soulier ferré a repoussé l’escarbille sur la plaque de tôle. Mais derrière le grillage, on lui a jeté un regard furibond et la plume a eu sur le papier un grincement exaspéré.

Alors, pour prendre contenance, l’homme croise les bras, et, se penchant un peu, il suit du regard avec une attention stupide, le fantôme de force qui, là-bas, passe et repasse.