Au tournant du chemin, sous les frangipaniers, la robe luisante et la crinière hirsute d’Annibal apparurent, émergeant de la cohue des gamins loqueteux. Les jambières rouges galopèrent éperdument ; les gamins, braillant et pleurant, se trouvèrent rejetés sur les talus ; des mains noircies saisirent les rênes, maintinrent le petit cheval affolé, palpèrent les bottes éperonnées de bronze doré, la culotte de toile, le dolman blanc où scintillaient les boutons à ancre d’or et les galons, le sabre à garde nickelée passé dans le porte-épée de la selle ; des lèvres baisèrent les gants de fil blanc. Des gaillards soulevèrent l’Aïeul, le placèrent sur leurs épaules ; autour d’eux, les salaccos se heurtaient furieusement et les faces noires vociféraient :

— Salut, vénérable Aïeul !

— Salut, Aïeul à deux galons !

— Pourquoi as-tu tant tardé ?

— Reconnais-moi, Aïeul à deux galons : c’est moi, Phuc, l’élève caporal !

— Te souviens-tu de ton serviteur ? Je suis Mao, le palefrenier !

— Je te reconnais, mon ami.

— Baisse la tête, Aïeul : les branches vont faire tomber ton casque !

— Aïeul à deux galons, as-tu reçu ma lettre ?

— Je l’ai reçue, Cang ; ne te fais plus de bile, vieux brave : justice sera faite !