Il faut les oüir et les voir;

Je veux, pourtant, dans nôtre Histoire,

Prouver son mérite et sa gloire

Par un invincible argument,

Car en dizant, tant seulement,

Que cette Piéce nompareille

Est l'Ouvrage du grand Corneille,

C'est pousser sa louange à bout,

Et qui dit Corneille, dit tout.

Le succès dont nous entretient Loret fut de courte durée. Les adversaires de Corneille, à la tête desquels s'était placé l'abbé d'Aubignac, rabaissèrent sa Sophonisbe en exaltant celle de Mairet. Ces critiques, dont nous parlerons dans notre chapitre XIXe, furent réfutées par divers auteurs. Saint-Evremond, notamment, mit en relief, dans sa Dissertation sur l'Alexandre de Racine, les côtés de la pièce qui avaient déplu au public. Les beaux esprits de la cour reprochaient à Corneille ce qui était son principal mérite: l'exactitude des mœurs et des caractères; ils savaient gré au contraire à Mairet de n'être sorti de son siècle que pour emprunter quelques noms à l'antiquité.