Verse quand il luy plaist sa grace prévenante,

Ainsi du haut des Cieux il aime à départir

Des biens dont nostre espoir n'osoit nous advertir...

Les autres écrivains qui avaient eu part aux faveurs royales durent adresser de même à Louis XIV leurs remercîments dans une forme solennelle. Ils ne furent pas tout à fait libres de conserver leur reconnaissance dans leur for intérieur. C'est ce que nous apprend une curieuse lettre de Huet à Ménage, dont l'original appartient à M. le baron James de Rothschild. Nous en citerons un passage qui permet de fixer approximativement la date des vers de Corneille.

«A Rouen, le 17. Aoust 1663.

«Je suivray vostre exemple en ce qui regarde Mr. Colbert, et plust à Dieu le pouvoir suivre aussi en ce qui est des vers de remerciement au Roy. Je le feroi du meilleur de mon cœur, tant parce que je suis presentement en des estudes tout à fait opposées à la versification, que par ce que je suis fort occupé à disposer mon livre [Origenis Commentaria in Sacram Scripturam; Rothomagi, 1668, 2 vol. in-fol.] pour le donner à l'Imprimeur, et qu'il y a quelque sorte de honte de faire des vers pour de l'argent, comme vous me le dittes avec raison. Mais si le Roy en desire, et que Mr. Colbert s'en soit expliqué, comme vous me l'apprenez, et comme le P. Rapin me le confirme, adjoustant mesme que ceux qui y manqueront, seront remarquez; la honte et la bassesse qui peut estre en cela n'est elle pas couverte et effacée par ce commandement? Je ne vois donc pas de moyen de m'en dispenser, et si vous m'en voulez croire vous n'y manquerez pas non plus. Vous voyez que tout le monde le fait; cette singularité que vous aurez affectée, sera sans doute condamnée. Il fait bon suivre le torrent, et in neutram partem conspici. Dans le dessein où je suis contre mon gré de deployer ma chalemie je vous supplie tres humblement de m'envoyer le plustost que vous pourrez, les remerciemens de Mrs. de Valois [Soteria pro Ludovico Magno; Parisiis, 1663, in-4; Oratio de laudibus Ludovici Adeodati regis; Parisiis, 1663, in-4] et de Mrs. Corneille [le Remercîment de Th. Corneille n'est cité nulle part], car je n'ay pas appris que d'autres en ayent encore fait outre ces Mrs. et Mrq. Chapelain [Ode pour le Roy; Paris, 1663, in-4o] et du Perier [ce Remercîment est resté inconnu] dont j'ay veu les pieces, et celle du P. Rapin (Regi Ludovico XIV. Pacifer Delphinus; Carmen heroicum; Parisiis, 1662, in-fol.).»

Nous ne connaissons de l'édition originale du Remercîment au Roy qu'un seul exemplaire qui appartient à M. le baron de Ruble.

149. A Monseignevr || le Dvc de Gvise, || Sur la Mort de Monseigneur son Oncle. || Sonnet. S. l. n. d. [Paris, 1664], placard in-fol., imprimé d'un seul côté.

En tête, un fleuron; puis viennent les quatre lignes de titre, immédiatement suivies du sonnet, lequel est imprimé en gros caractères et porte en bas la signature: Corneille. Nous transcrivons les quatre premiers vers: