Au verso de la page 71 se trouve un extrait du privilége de janvier 1653, avec mention de la cession faite par Corneille à Courbé et à de Luyne, et par Courbé, pour sa moitié, à Jolly et à Billaine. On lit à la fin: Acheué d'imprimer pour la premiere fois [en] vertu du present Priuilege, le dernier d'Octobre 1660, à Roüen, par Laurens Maurry.

25. Cinna, Tragedie. Par P. Corneille. A Paris, Au Palais. Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la grand'Salle proche les Consultations, au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux et Forets. M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.

Nous avons cité plus haut (nos 14 et 19) des éditions du Cid et d'Horace avec la date de 1682; nous croyons pouvoir affirmer qu'il a été fait des tirages à part, sinon des 32 pièces contenues dans le recueil de 1682, du moins des 16 pièces qui forment les tomes IIe et IIIe de cette édition. Nous n'avons vu par nous-même ou rencontré dans les catalogues que cinq de ces tirages à part: le Cid, Horace, Pompée, Théodore et Œdipe, mais ces indications nous ont paru assez significatives pour que nous n'ayons pas hésité à faire figurer, sous la date de 1682, toutes les pièces comprises entre le Cid et la Toison d'Or.

Cinna doit compter 2 ff. pour le titre, l'Extrait du Privilége et les Acteurs, et 63 pp.

XII

26. Polyevcte || martyr. || Tragedie. || A Paris, || Chez Antoine de Sommauille, en || la Gallerie des Merciers, à l'Escu || de France. || Au Pa- || lais. || & Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme. || M. DC. XLIII [1643]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 8 ff. prél., 121 pp. et 1 f.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé qui représente les chrétiens brisant les idoles dans un temple; on lit sur le mur du temple le titre: Polieucte, martir; titre imprimé; 3 ff. pour la dédicace à la reine régente; 3 ff. pour l'Abregé du martyre de saint Polyeucte et le nom des Acteurs.

Au verso de la page 121 commence le privilége, qui se développe sur le recto du feuillet suivant. Il est daté du 30 janvier 1643, et est accordé pour dix ans à Corneille lui-même. On lit à la fin: Acheué d'imprimer à Roüen pour la premiere fois, aux dépens de l'Autheur, par Laurens Maurry, ce 20. jour d'Octobre 1643. Il n'est pas fait mention de la cession aux libraires. L'achevé d'imprimer ne se trouve pas dans un exemplaire que nous avons vu chez M. Benzon.

A l'époque où Corneille entreprit de mettre sur la scène un martyr chrétien, il y avait plus de vingt ans que les drames religieux, renouvelés des mystères du moyen âge, avaient disparu du théâtre. Dans les premières années du dix-septième siècle, quelques auteurs de province, comme J. Gauché, J. Boissin de Gallardon, Denis Coppée, etc., avaient emprunté à la Bible ou aux légendes des Saints le sujet de plusieurs tragédies; mais, à mesure que le goût s'était formé, la fable avait été remise en honneur. Les pièces de Hardy, de Rotrou et de Scudéry sont entièrement païennes, et l'auteur du Traité de la disposition du poëme dramatique ne fait que se conformer aux usages reçus, quand il reconnaît que les arguments tirés des livres saints «sont plus propres en particulier qu'en public, et dans les colléges de l'Université ou dans les maisons privées, qu'à la cour ou à l'Hôtel de Bourgogne». Baro songea le premier à revenir aux sujets chrétiens. Il mit sur la scène un Saint Eustache, martyr, qui donna peut-être à Corneille l'idée de Polyeucte. La pièce de Baro ne fut publiée qu'en 1649, mais nous savons qu'elle avait été jouée vers 1639.