Quant à Rachel, «avec quelle ardeur, dit M. Jules Janin (Rachel et la Tragédie; Paris, Amyot, 1859, gr. in-8, p. 160), avec quelle ardeur elle était tour à tour la femme obéissante à son mari, la fille qui résiste à son père, et cette Pauline adorable, à l'aise même avec Sévère qu'elle aime et dont elle est aimée, et qui le revoit après un an d'absence, comme si elle l'avait vu la veille! Elle était surtout la Pauline de Corneille en tout ce quatrième acte admirable et rempli des émotions les plus touchantes, et comme enfin elle disait jusqu'aux nues ce grand cri: Je vois! je crois! je suis chrétienne [sic]! En ce moment solennel, tout brillait, tout parlait, tout brûlait dans cette personne héroïque; elle avait dix coudées, elle était immortelle. En ce moment, nous retrouvions, contents d'elle et de nous, la jeune fille inspirée des premiers jours, lorsque, toute seule sur ce théâtre, abandonnée à elle-même, sans manteau et presque sans tunique, la tête chargée d'un diadème dédoré, la main armée d'un poignard de hasard, elle s'abandonnait librement, sans chercher l'effet, sans viser au pittoresque et sans songer aux applaudissements du parterre absent, à ce grand art dont elle était l'espoir, à ce grand souffle ingénu que contenait son étroite poitrine, à cette inspiration qui lui était venue comme le chant vient à l'oiseau, et qui l'obsédait à son insu.
«Le rôle de Pauline est resté jusqu'à la fin de ses jours une des meilleures révélations de Mlle Rachel; elle ne l'a pas joué moins de soixante et une fois. La veille de son dernier jour au Théâtre-Français, Mlle Rachel a joué Pauline.»
Il ne faut pas oublier que M. Beauvallet, dans le rôle de Polyeucte, fut presque à la hauteur de Mlle Rachel. Bien que celui de Sévère eût toujours été considéré comme le plus important, M. Beauvallet, par le caractère religieux qu'il sut donner à Polyeucte, en fit le premier rôle.
Le nombre des représentations de Polyeucte données au Théâtre-Français, de 1680 à 1875, a été de 405; savoir: sous Louis XIV: à la ville, 95; à la cour, 17;—sous Louis XV: à la ville, 122; à la cour, 17;—sous Louis XVI: à la ville, 14; à la cour, 2;—sous la Révolution: 2;—sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 27; à la cour, 4;—sous la Restauration, 10;—sous Louis-Philippe, 41;—sous la seconde République, 15;—sous le second Empire, 39;—sous la République: 1.
On a dit souvent que le gouvernement révolutionnaire avait interdit la représentation de Polyeucte. M. Hallays-Dabot, désireux sans doute de justifier par un précédent semblable les trop fréquentes erreurs de l'administration à laquelle il préside, n'a pas manqué de le répéter (Histoire de la Censure dramatique en France; Paris, Dentu, 1862, in-18, p. 215), en attribuant au Consulat l'honneur d'avoir permis la reprise de la pièce. Il y a là une erreur évidente, et M. Marty-Laveaux a bien fait de la relever. Si Polyeucte fut interdit dans un moment d'effervescence, il fut remis au théâtre dès le 13 floréal an II.
Vendu: 105 fr., exempl. à relier, Huillard, 1870 (no 593).
27. Polyevcte || martyr. || Tragedie. || Imprimé à Roüen, & et se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma || uille, en la Gallerie || ses Merciers, à l'Escu || de France. || Au Palais || Et || Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || M. DC. XLIIII [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 10 ff., 85 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prélimin.: 1 f. blanc; 1 f. pour le titre; 3 ff. pour la dédicace; 5 ff. pour l'extrait de Surius et les noms des Acteurs.
Le privilége, dont nous trouvons un extrait au verso de la page 85 et au recto du feuillet suivant, est celui dont le texte entier figure dans l'édition in-4. On lit à la fin: Acheué d'imprimer le 27 novembre 1643 (cinq semaines, par conséquent, après l'édition en grand format).
Cette édition fait partie du recueil de 1647.