Cette pièce forme la première partie du t. IIIe des tragédies (Treurspelen) de Bilderdijk. Elle est précédée d'une épître dédicatoire au roi Louis et d'un avant-propos.
«Guillaume Bilderdijk, né le 7 septembre 1756, mort le 18 décembre 1831, a été le plus illustre poëte que la Hollande ait produit depuis Vondel. Pour l'imagination, il a eu parmi ses compatriotes peu de rivaux; pour la facilité, il n'a pas eu son pareil. Il a traité tous les genres avec un rare bonheur. Dans ses œuvres poétiques (dont le libraire Kruseman a donné en 1856-59 une nouvelle édition en 16 volumes), on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, la beauté des images et de la diction, ou l'immense savoir du poëte, qui montre toujours qu'il connaît à fond la matière qu'il traite. Bilderdijk, en effet, était non-seulement un littérateur érudit, mais un jurisconsulte distingué, familier avec la plupart des langues de l'Europe, avec le latin, le grec, l'hébreu et divers autres idiomes orientaux; distingué par de profondes connaissances en médecine, il dessinait et gravait lui-même les vignettes qui ornaient ses ouvrages. Outre ses poésies, il a publié divers travaux historiques et linguistiques, un traité de perspective, etc.
«Dans sa dédicace, Bilderdijk se plaint en vers magnifiques de la faiblesse de son talent qui l'empêchera de faire sentir les beautés de l'original, et plus encore de ce que le siècle actuel ne produit plus de grands hommes comme Corneille; mais il se dit soutenu par l'espoir que, sous les auspices d'un roi, protecteur des belles-lettres, la terre batave verra naître une époque fertile en génies, comme le siècle d'Auguste.
«Dans la préface, il raconte, en premier lieu, comment le roi, pénétré de la décadence du théâtre, et désirant relever le goût de la nation pour la poésie dramatique, avait exigé de lui une traduction nouvelle de la pièce de Corneille. Le public, poursuit-il, jugera s'il a rempli la tâche qui lui était donnée et s'il s'est pénétré de l'esprit de son devancier. Il doit cependant appeler l'attention du lecteur sur un ou deux points que, pour bien apprécier Corneille, l'on ne saurait négliger. «A l'époque où écrivait Corneille, dit-il, cette délicatesse de sentiments, cette pureté d'expression, cette élégance raffinée, en un mot, qui depuis caractérise les écrivains français, était encore dans l'enfance. Corneille était noble, sublime, parfois divin, et quel vrai poëte peut manquer de l'être? mais il l'était par lui-même et parce qu'il était pénétré de l'esprit (plus que de la manière de dire) des anciens. Il ne pouvait cependant se soustraire à l'influence d'un siècle qui était au-dessous de lui et qu'il avait encore à relever. Il s'ensuit que parfois, s'accommodant au style oratoire de son époque, il se sert d'images moins bien placées dans la bouche des personnages qu'il fait parler, ou peu en harmonie avec la matière qu'il traite.
«Par la même raison, il approche parfois un peu trop, si ce n'est du style, au moins du ton de la comédie. Je cite comme un exemple du premier de ces défauts le passage où Émilie, qui, d'après ce qu'exigent les règles de la bienséance actuelle, devrait conserver dans toutes ses paroles cette réserve de jeune fille qui n'est que la pudeur portée au plus haut degré, où Émilie, dis-je, s'attribue, pour ainsi dire, des enfants:
Enfants impétueux de mon ressentiment,
Que ma douleur séduite embrasse aveuglément.
«De même Auguste se sert d'une expression impropre, quand il dit:
Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour moi de fard.
«Les lecteurs sagaces trouveront aisément chez Corneille de ces fautes dont Racine est presque toujours exempt, et nous n'en accusons pas le grand poëte, mais l'état de la poésie à l'époque où il vivait; elles ne déparent pas ses lauriers, mais ne doivent point être données aux commençants comme des exemples à suivre.