«Mais non-seulement le monologue était nécessaire: il est amené tout naturellement. Qu'y a-t-il de plus naturel, en effet, au moment où l'on va prendre une résolution suprême contre laquelle le cœur se débat, que ce besoin de s'occuper à chaque instant de soi-même, de considérer sous toutes ses faces le projet qu'on va former, tantôt de reculer d'effroi, pour se forger l'instant d'après des prétextes plausibles de se précipiter à corps perdu dans l'exécution? C'est ainsi qu'à coup sûr on doit se représenter la situation d'un conspirateur, même alors que les considérations personnelles de reconnaissance et de relation intime ne subsistent pas.

«On a cependant, dans les derniers temps, supprimé ce monologue à la représentation. On a agi de même avec la prophétie de Livie au cinquième acte, qui manque même dans la traduction de Nil Volentibus. Personne, à ce qu'il paraît, n'a senti que par cette omission le spectateur ne peut être satisfait qu'à demi. Malheureux aristarques, vous voulez toujours en savoir plus que le poëte, sans songer que lorsqu'il s'abandonne au torrent impétueux de ses sensations profondes, il arrive toujours à bon port comme y arrive toute chose qui suit l'impulsion que la nature lui imprime! «La pièce, dites-vous, n'est-elle donc pas finie, lorsque la conjuration a avorté, lorsque et Cinna, et Émilie, et Maxime sont sauvés?»—Non, mes amis, elle n'est pas finie. Car ce n'est pas le sort de Cinna, d'Émilie, qui tient notre âme en suspens: c'est celui d'Auguste. Auguste périra-t-il ou régnera-t-il en paix? Voilà le problème qui nous est soumis, et qui n'est pas résolu. On prévoit déjà vers le commencement, on est sûr dès le commencement du quatrième acte que la conjuration de Cinna ne réussira pas; mais ce qu'on ne sait pas et ce que nous tenons à savoir, c'est si l'homme, qui captive de plus en plus notre cœur et qui va échapper à la onzième tentative d'assassinat, n'aura plus rien à craindre d'entreprises pareilles. Plus la bonté dont il fait preuve en pardonnant à ses assassins est touchante, plus il montre de noblesse dans la manière dont il pardonne, plus nous formons le vœu que cette bonté lui soit à la fin salutaire. «Que le conseil de Livie ne te soit pas fatal!» Ce vœu, le poëte l'a pressenti, il l'a lu dans le cœur du spectateur, et il a eu soin d'y répondre. Oui, Livie, dont les conseils ont gouverné, ont guidé, ont convaincu Auguste; Livie à laquelle il doit cette grandeur d'âme qui nous ravit; Livie, dont les avis paraissaient empruntés à la divinité; Livie est mue par une inspiration prophétique, et elle annonce à son époux la fin de ses terreurs et de son incertitude, un règne désormais calme et prospère sur un peuple qui l'adore. Y a-t-il quelque âme assez froide pour vouloir se passer de cette prophétie, je ne lui envie pas sa tiédeur, mais, pour moi, j'admire le poëte de ce que, dans les vingt-quatre vers dont elle est composée, il a su donner à sa tragédie une perfection qui, sans cela, lui aurait manqué. J'exige seulement qu'Auguste, dans la joie que lui cause la perspective qui lui est ouverte, rende grâces de son bonheur à celle dont les conseils l'y ont conduit. Corneille a-t-il pu négliger de lui faire exprimer sa gratitude envers Livie? ou bien devons-nous la lire dans ce vers:

Ainsi toujours les dieux daignent nous inspirer.

«Je le voudrais, pour l'honneur du poëte. Quoi qu'il en soit, j'ai mis dans sa bouche ce que sentait mon cœur, et celui qui trouve oiseux les quatre vers que j'y ai consacrés, est libre de les supprimer.»

«La traduction de Bilderdijk, bien supérieure à celle de Pels, a remplacé celle-ci au théâtre, où elle jouira de la faveur publique toutes les fois qu'elle trouvera de bons interprètes.» V. L.

961. Cinna, Treurspel. (Na Corneille.) Door Mr Wm Bilderdijk. Te Leyden, by L. Herdingk en Zoon. M.DCCC.XXIV [1824]. In-12 de 68 pp. et 1 f.

La traduction de Bilderdijk a été, en outre, réimprimée en 1852, dans le Klassiek Pantheon, no 47, in-16.

XII

962. Polieukte, Armenisch Martelaar, Treurspel. Uit het Fransch van den Heer P. Korneille nagevolgt, door Frans Ryk. T'Amsterdam, by de wed: van Gysbert de Groot, op den Nieuwendyk, 1696. Pet. in-8 de 64 pp. en tout.