Ici vient se placer, dans l'ordre chronologique, un opéra de Médée que nous indiquons sous toute réserve, n'ayant pas été à même de vérifier si le librettiste s'était inspiré de Corneille.
Medea in Corinto, dramma tragico in due atti.—Médée a Corinthe, tragédie lyrique en deux actes [musique de Mayer]. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre royal Italien, Salle de Louvois, le 12 [lis. le 14] Janvier 1823. Prix: 1 fr. 50 c. Paris, Au Théâtre royal italien, et chez Roullet, libraire de l'Académie royale de Musique, rue des Bons-Enfans, no 26. De l'Imprimerie de Hocquet, rue du Faub. Montmartre, 1823. In-8 de 48 pp.
Texte italien, avec traduction française en regard. Les pages sont chiffrées de deux en deux, en sorte qu'il n'y a que 24 pp. doubles.
L'opéra de Mayer avait été joué pour la première fois à Venise en 1812.
1093. Medée et Jason, tragédie lyrique en trois actes, paroles de Milcent, musique de Granges de Fontanelle, représentée à l'Académie impériale de musique le 10 août 1813. Paris, 1813. In-4 de 2 ff., xvj et 44 pp.
Milcent ne s'est guère servi de la Médée, ni de la Toison d'or, de Corneille, qu'il paraît avoir peu connues; il dit, dans la Dissertation qui précède son poëme, que Corneille fit trois drames sur ce sujet, sans avoir soin de nous indiquer quel est le troisième. Dans cette même dissertation, Milcent raisonne longuement sur la Médée qu'ont représentée les poëtes modernes, et ses réflexions ne manquent pas d'une certaine justesse: «Si Médée est toute puissante, dit-il, si les élémens sont soumis à sa baguette, toute vraisemblance cesse, il n'y a plus d'illusion, et la pièce ne peut exister, car l'action doit nécessairement commencer par où elle finit. Du moment où Médée est certaine que Jason épouse Créüse, elle doit, d'un coup de sa baguette, anéantir sa rivale, son infidèle époux et le palais de Créon. Il est contraire à la raison que cette Médée, si indomptable, si jalouse et si puissante, se borne, pendant toute l'action, à vomir des imprécations et des menaces contre Créon et sa fille, et à faire d'inutiles reproches à Jason; comment se peut-il qu'elle n'entreprenne rien pour empêcher le mariage qu'elle craint, et ne pense à faire usage de son pouvoir magique que lorsqu'il est devenu inutile?...»
«Appuyé sur ces considérations, ajoute Milcent, et éclairé par Voltaire qui, dans son commentaire sur la Médée de Corneille, a le premier entrevu la nécessité de la rendre intéressante, j'ai pensé qu'il fallait peindre cette Princesse telle que l'histoire nous la représente: faire voir Jason sous un jour plus favorable qu'on n'a fait jusqu'à présent, et le rendre digne du violent amour qu'il avait inspiré à son épouse.»
L'auteur du poëme a suivi plus particulièrement Euripide et la tragédie anglaise de Glower, traduite en français par Saint-Amand.
Aux opéras que nous venons de citer, nous pourrions en ajouter un grand nombre d'autres, par exemple: Médée, opéra dont Lenglet avait écrit la musique vers 1805, et qui est resté inédit; Medea, opéra italien, musique de Celli, représenté à Palerme en 1838; Medea, représentée à Palerme en 1844, avec la musique de J. Pacini, etc.; mais nous n'oserions pas dire que les livrets de ces pièces offrent quelque rapport avec la tragédie de Corneille.
IX